Discours de l’Ambassadeur François Bonet lors du 14 juillet 2020

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Chers compatriotes,

C’est sans doute la première fois dans l’histoire que l’ambassadeur de France au Salvador célèbre le 14 juillet sans ses compatriotes. Nous vivons une crise inédite parce ce qu’elle nous sépare : nous vivons depuis des mois séparés de nos amis, de nos compagnons de travail, souvent de nos parents qui vivent en France. Nous vivons dans la crainte et, pire encore, dans l’incertitude. Certains d’entre nous vivent dans le deuil de parents ou d’amis frappés par l’épidémie.

C’est pourquoi ce 14 juillet doit être l’occasion, plus que jamais, de rappeler les liens qui nous unissent, avec la France et entre nous, au sein de la communauté française.

Je voudrais d’abord vous dire ma conviction que cette crise qui nous a séparés, qui nous a endeuillés, est aussi porteuse de leçons précieuses pour l’avenir.

● La première concerne notre rapport à la vérité. Depuis quelques années, lorsque les faits dérangent, c’est devenu une sorte de mode que de les nier. Le réchauffement de la planète est l’exemple que nous connaissons tous. Il y en a bien d’autres. La pandémie, avec ses chiffres partagés à chaque minute par le monde entier, avec ses conséquences constatables par tous, nous renvoie la vérité des faits à la figure. Face au COVID, la technique de l’autruche ne marche plus.

● La deuxième leçon porte sur la responsabilité. Parce qu’on ne plus nier les faits, nous ne pouvons plus échapper à nos responsabilités. Responsabilité des gouvernements, qui seront jugés sur leur capacité à protéger leurs populations. Responsabilité de chacun d’entre nous, de respecter les gestes qui protègent.

Ces leçons, je l’espère, vaudront à l’avenir pour d’autres enjeux plus graves encore que le COVID, à commencer par le climat. Comme vous le savez, le nouveau gouvernement qui vient d’être nommé en France fera de l’environnement une priorité plus forte que jamais.

● La troisième leçon c’est que la responsabilité de tous à l’égard de tous implique la solidarité. Non pas seulement par altruisme, mais parce que notre propre survie dépend de cette solidarité. Ce qui est en train de se passer en Europe en est un bon exemple. L’Union européenne, après avoir un temps hésité face à la catastrophe, a pris toute la mesure de cette obligation de solidarité. Elle a retrouvé la valeur qui l’avait fondée, après la guerre. A l’initiative de la France et de l’Allemagne, la Commission européenne a proposé un fonds de 750 milliards d’euros, pour reconstruire nos économies désastrées. Il y a encore des débats entre EM mais ce projet aboutira. C’est un progrès historique pour l’Europe.

D’ores et déjà, cette solidarité, les Etats européens l’ont mise en pratique. C’est grâce à elle que, partout dans le monde, les Français comme tous les autres Européens boqués à l’étranger par la crise, ont pu être rapatriés dans leur pays. Ici au Salvador, le vol du 26 mars dernier financé par l’UE à l’initiative de l’Allemagne, en est un exemple. 125 millions d’euros ont été consacrés à ces vols par l’Union européenne. Des réserves européennes de matériel médical ont été créées, un fonds européen de plus de 7 milliards d’euros a été mis au service de la recherche européenne d’un vaccin contre le Covid.

C’est aussi à l’initiative de la France, avec l’Allemagne, dans le cadre de l’Alliance pour le multilatéralisme, qu’a été lancé un appel pour réformer la gouvernance mondiale de la santé. La crise a été un révélateur des failles de nos systèmes de santé. Elle a également montré les améliorations que nous devons apporter à notre réponse internationale aux pandémies, à travers l’Organisation mondiale de la santé.

● La solidarité de la France s’est exprimée également à l’égard du reste du monde. Au Salvador, cette ambassade prépare un projet de coopération pour aider les victimes de la crise économique provoquée par l’épidémie, tout particulièrement les jeunes des quartiers en difficulté. Nous nous apprêtons également à aider les victimes des inondations du mois de mai, dont les effets sont durables.

Par ailleurs, trente familles salvadoriennes en difficulté ont obtenu une aide financière du lycée français.

● Enfin, cette solidarité s’est exercée, bien sûr, entre Français. En France, un plan de 100 milliards d’euros a été mis en place pour lutter contre la récession et le chômage. A l’étranger, 240.000 Français bloqués par la crise ont été rapatriés par le ministère des Affaires étrangères.

Dans le monde entier, nos ambassades sont venues en aide aux Français victimes de l’épidémie. C’est ce qui s’est passé ici, au Salvador, avec l’aide que nous avons apportée à une centaine de Français pour embarquer de retour vers la France.

Dans certains pays, comme le Salvador, la France a mis en place un dispositif d’aide médicale à distance pour la communauté française, avec des médecins référents. Nous avons reçu de France de l’oxygène, des médicaments et des équipements de protection pour nos ressortissants qui en auraient besoin lors d’une hospitalisation. Nous avons aidé des Français en difficulté à payer leurs frais médicaux. Enfin, le ministère des Affaires étrangères s’est donné les moyens de rapatrier d’urgence, gratuitement, tout Français dont l’état de santé le nécessiterait.

Partout dans le monde également, comme ici au Salvador, nos lycées français sont venus en aide aux familles qui n’avaient plus les moyens de payer la scolarité de leurs enfants.

Je souhaite saluer ici l’engagement constant des enseignants du lycée français, comme celui de mes collaborateurs à l’ambassade, depuis le début de la crise.

Chers compatriotes, alors que l’épidémie semble sous contrôle en Europe, elle bat son plein sur le continent américain. Cette responsabilité et cette solidarité dont je viens de parler, elle s’impose à nous aujourd’hui plus que jamais. Nous devons protéger les autres en nous protégeant vous-mêmes. Sachez, si vous ne le savez déjà, qu’avec toute mon équipe nous sommes à votre disposition tous les jours et à tout moment, face à la crise. Plus que jamais, notre communauté doit se serrer les coudes.

Vive la République, vive la France.

publié le 17/07/2020

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